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Le 7 février 2024

L'efficacité énergétique: un vecteur de productivité durable

 

Dans le contexte mondial de transition énergétique, les industries québécoises sont confrontées à l'urgence d'accroître leur efficacité énergétique. Alors que le Québec jouissait jusqu'ici d'une électricité abondante grâce à son hydroélectricité, la province atteint désormais les limites de sa capacité de production. Cette situation, combinée à la montée des préoccupations environnementales et à l'adoption des critères ESG (environnement, société, gouvernance) par les entreprises et les donneurs d’ordre, fait en sorte que l'efficacité énergétique devient un élément incontournable pour la productivité et la compétitivité des entreprises

 

Perspectives economiques

 

Selon Jean-François Vermette, conseiller d’affaires en innovation chez Investissement Québec, la notion de productivité énergétique, qui mesure la valeur économique créée par unité d'énergie consommée, est destinée à devenir un baromètre clé dans les années à venir.

 

Selon une étude de la Chaire de gestion du secteur de l'énergie de HEC Montréal, le Québec gaspille 50 % de son énergie, principalement sous forme de pertes thermiques, dont une part importante provient des activités industrielles. « Cela représente environ 1 000 pétajoules annuellement qui pourraient être récupérées. Il y a donc un potentiel de gains important à faire pour nos industries », explique Jean-François Vermette.

 

Trois technologies performantes

Heureusement, les manufacturiers désireux de s'engager dans cette transition ont accès à un arsenal de technologies, soutient-il. Parmi elle, les pompes à chaleur, ou thermopompes, des systèmes capables de transporter la chaleur d'un milieu à un autre. Ces systèmes offrent un rendement jusqu'à cinq fois supérieur aux méthodes conventionnelles de chauffage. Ils sont robustes et adaptables à des applications industrielles de grande taille. L'exemple de la brasserie Labatt à Montréal, qui investira afin de réduire sa consommation de gaz naturel grâce à une pompe à chaleur de 700 kW, illustre bien les avantages de cette technologie, souligne Jean-François Vermette.

 

Un autre exemple de technologie qui est simple et à la portée des entreprises : les variateurs de vitesse. Ces dispositifs ajustent la vitesse des moteurs électriques selon les besoins réels de la production, pouvant réduire la consommation énergétique jusqu'à 60 % pour certains équipements. En plus des économies d'énergie, ils contribuent à une usure moindre des machines et à une réduction des coûts de maintenance.

 

La valorisation des rejets thermiques est une autre approche à considérer. Elle permet de récupérer et réutiliser la chaleur perdue dans les procédés industriels. Cette approche permet une économie significative d'énergie et de coûts et peut s'inscrire dans une dynamique d'économie circulaire, notamment lorsque l'énergie est partagée entre différentes entreprises, favorisant ainsi des synergies locales.

 

En s'intégrant aux outils de gestion numérique des entreprises, ces solutions permettent d'orchestrer une gestion de l'énergie plus précise et plus réactive. La numérisation des systèmes énergétiques, souvent associée à l'industrie 4.0, permet d'ajuster en temps réel la consommation d'énergie aux besoins de production, d'optimiser les performances et de réduire les coûts opérationnels, résume Jean-François Vermette.

 

Le Groupe Robert, champion de l’efficacité énergétique

Il y a déjà plusieurs années que le Groupe Robert, leader québécois en logistique de transport, s’est engagé dans une démarche d’efficacité énergétique. Fondée en 1946 par Rosario Robert et aujourd'hui dirigée par son petit-fils, Michel Robert, l'entreprise familiale n'a de cesse d'innover pour atteindre ses objectifs en faveur de l’environnement.

 

« On est conscient de l'importance de la durabilité et de la réduction de notre empreinte écologique. Nos clients et nos employés y sont aussi très favorables. En tant que leader dans notre industrie, on a le devoir d'agir concrètement sur ces deux priorités », affirme Daniel Girouard, chef de l’exploitation de l’entreprise.

 

Afin de réduire les émissions de GES dans ses opérations de transport, le Groupe Robert mise sur des solutions alternatives aux énergies fossiles. Récemment, l’entreprise a fait l'acquisition de véhicules électriques pour les trajets de courtes distances. Six camions de manœuvre électrique s’ajouteront bientôt à sa flotte et seront en service sur son site de Boucherville. Pour les longues distances, elle privilégie les véhicules au gaz naturel comprimé, un carburant renouvelable, plus propre que le diesel et plus efficace que l'électrique.

 

L'engagement du Groupe Robert va au-delà des véhicules propres. L'entreprise a fait de la responsabilité sociétale une priorité en intégrant les normes ESG dans sa gestion et en collaborant avec des organismes indépendants pour évaluer et comprendre son impact environnemental.

 

Pour ce qui est du nouveau centre de distribution automatisé de Varennes, il sera à la fine pointe des technologies en matière d'efficacité énergétique. Marc-Antoine Bucci, directeur principal, Gestion des bâtiments, automatisation et projets, souligne que dès la phase de conception, l'accent a été mis sur quatre initiatives énergétiques :

 

Un système de réfrigération au CO2: en collaboration avec Zéro-C, le Groupe Robert a développé un système de réfrigération utilisant le CO2, réduisant la consommation énergétique et permettant la récupération de chaleur pour le chauffage des espaces de travail et de l'entrepôt de produits congelés.

 

Un système de gestion de l’énergie électrique: il permet de suivre en temps réel les équipements et les systèmes en fonction, et de connaître leur consommation énergétique. Grâce à ces informations, l’entreprise est en mesure de contrôler ses pointes de consommation et de réduire ses besoins en électricité.

 

Une enveloppe du bâtiment efficace: en partenariat avec Norbec, le Groupe Robert a développé des panneaux isolants à haut rendement, permettant de réduire la charge frigorifique requise de 25 % et d'améliorer l'isolation de l'entrepôt de 60 % par rapport aux standards conventionnels.

 

Des panneaux solaires: l'intégration prochaine de panneaux solaires sur la toiture et la façade sud du centre de distribution va permettre non seulement de réduire la consommation énergétique du groupe, mais également sa dépendance au réseau électrique. L’ajout possible de batteries de stockage rendrait possible l’atteinte d’une autonomie énergétique.

 

Grâce à une efficacité énergétique accrue, le Groupe Robert réduit ses coûts opérationnels et minimise son impact environnemental. Ses initiatives contribuent également à la croissance de l’entreprise et à l’attraction des talents qui partageront et enrichiront sa vision durable, conclut Daniel Girouard.

 

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Des réponses à vos questions

Nous avons reçu un grand volume de questions fort intéressantes lors de la classe de maître. Par souci de temps, nous n’avons pas pu y répondre en direct, alors voici les réponses aux questions posées.

Le système de réfrigération choisi sera mis en fonction prochainement. Groupe Robert a mentionné que ce type de système a été installé dans d'autres bâtiments de l’entreprise. Avez-vous constaté un gain sur les frais d'exploitation ?

 

Effectivement, Groupe Robert préconise les systèmes de réfrigération au dioxyde de carbone (CO2) depuis 2018 pour ses entrepôts frigorifiques situés au Québec et en Ontario. Pour l’entrepôt du Québec, dont les systèmes au CO2 ont remplacé des systèmes au réfrigérant fluoré, une diminution directe de la consommation électrique a été observée lors de chacune des phases de conversion.

 

Installer des équipements qui consomment efficacement l’énergie implique des coûts élevés à l'achat. Les projets de Groupe Robert pourront-ils être rentables? Et en combien de temps?

 

La rentabilité des projets d’efficacité énergétique est un facteur important. Chaque ajout aux systèmes de base est soigneusement étudié en ce qui a trait au retour sur investissement (ROI). Les principaux facteurs pris en compte sont le surcoût versus un système de base, les gains énergétiques et la disponibilité de subvention. Dans notre cas, bien que les ROI sont typiquement plus longs lorsqu’on choisit un système plus efficace, nous réussissons à rentabiliser les systèmes en 3 à 5 ans. Pour un système de réfrigération, dont la durée de vie utile est de 15 à 20 ans, il reste donc plusieurs années à profiter des économies d’énergie.

 

Comment allez-vous gérer l'accumulation de neige sur les panneaux solaires qui seront installés sur le toit?

 

Les panneaux solaires sur notre toiture seront installés lors du prochain agrandissement du bâtiment dont la date est inconnue pour le moment. Nous définirons donc notre stratégie d’entretien et d’exploitation des panneaux lorsque nous serons plus près de leur installation. Pour l’instant, aucune technologie n’a été retenue.

 

Pensez-vous être complètement autonomes grâce aux panneaux solaires à Varennes?

 

La consommation d’énergie pour l’entrepôt sera considérable, notamment en raison du système de réfrigération et des systèmes automatisés. Nous espérons couvrir la plus grande proportion possible avec les panneaux solaires.

 

Quel est l'impact des panneaux isolés de huit pouces, en comparaison avec les panneaux standards pour entrepôt congelé?

 

Les panneaux de 8 pouces pour la section congelée conjointement avec l’utilisation de panneaux de 6 pouces pour la section réfrigérée offrent une isolation 60 % plus grande qu’un entrepôt frigorifique standard. Ceci permet de réduire la consommation électrique en réduisant la charge frigorifique requise de 25 %.

 

Avez-vous un programme de formation interne (écoconduite des conducteurs, plan de maintenance préventive, chasse au gaspillage, optimisation de l'énergie...) ?

 

Oui, nous avons des plans d’entretien préventif pour notre flotte d’équipement et des programmes incitatifs pour nos chauffeurs qui favorisent les bonnes pratiques de conduite (sécuritaires et environnementales).

 

Mis à part le fait qu'il soit moins polluant, le gaz naturel utilisé pour les camions est-il renouvelable?

 

Le gaz naturel de sources conventionnelles est moins émissif que le diesel d’environ 20 %. Il est également possible de s’approvisionner en gaz naturel renouvelable (GNR). Celui-ci est produit à partir de matières organiques renouvelables grâce à un processus de biométhanisation. Les matières premières utilisées pour produire le GNR comprennent des déchets organiques tels que les résidus alimentaires, les déchets agricoles, les effluents d'élevage et d'autres biomasses. La réduction des gaz à effet de serre (GES) pour le GNR peut être de l’ordre de 85 % dépendamment de la source d’approvisionnement.

 

Qui sont les spécialistes ou experts en Biomasse?

 

L’escouade énergie compte parmi ses membres plusieurs centres experts en biomasse qui peuvent vous orienter. Cliquez ici pour plus d’information. En effectuant une recherche avec le mot-clé biomasse dans le répertoire des experts du Fonds Écoleader, vous pouvez également identifier des spécialistes pertinents.

 

Considérant qu’une technologie de capture développée au Québec (CO2 Solutions by Saipem) et mature utilise de la chaleur à basse température pour capter du CO2, comment se positionne IQ dans la capture et la séquestration du carbone au Québec?

 

Dans les cas où il s’avère difficile d’un point de vue technique de substituer des énergies fossiles par des énergies renouvelables, la capture du CO2 — dont le captage direct — dans l’objectif d’en faire un produit valorisable ou encore une séquestration géologique, est une solution qui mérite d’être étudiée sérieusement, et même cruciale à l'atteinte des cibles climatiques selon le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). Plusieurs technologies québécoises de captage du dioxyde de carbone dans l'air sont en développement et les équipes d’Investissement Québec suivent ces dossiers de près.

 

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