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Le 3 juin 2020

Rapatrier ou non sa production au Québec?

La pandémie de coronavirus a mis en lumière les risques inhérents aux chaînes d’approvisionnement mondiales. Une crise d’une telle ampleur force aujourd’hui les entreprises à revoir leurs stratégies de gestion des activités de production. Est-il temps de rechercher des sous-traitants qui ne sont pas à l’autre bout du monde?

 

Photo d’un cargo transportant des conteneurs

 

Ces dernières années, plusieurs grands fabricants ont rapatrié certaines capacités de production face à la hausse des salaires dans les usines chinoises conjuguée à celle des coûts de transport. Est-ce que le mouvement de retour des investissements manufacturiers en Amérique du Nord (reshoring) va aller en s’accélérant avec la crise du coronavirus ?

 

Denis Bédard, président d’Usinage Yamaska, pense que oui. Il anticipe une croissance de la demande dans l’après COVID-19. L’entreprise de Granby, en Montérégie, se spécialise dans la production en série de pièces tournées simples à complexes. Depuis sa fondation en 2016, elle a aidé un nombre croissant de fabricants à relocaliser leur production au Québec. «Au moins 60% de ma production était auparavant fabriquée en Chine, soutient-il. Chaque année, nous avons doublé notre capacité de production surtout grâce au bouche-à-oreille.»

 

Usinage Yamaska a misé sur la haute technologie et l’intelligence artificielle pour concurrencer les usines asiatiques et aussi américaines. Dans ses installations, ce sont les robots et les machines automatisées qui s’activent à la fabrication des pièces sous l’œil attentif de seulement trois employés. «Cela me permet de maintenir les coûts d’opération très bas et d’offrir des prix compétitifs», explique M. Bédard.

 

Une stratégie parmi d’autres

 

Le reshoring peut être une réponse, mais ce n’est pas la seule, estime Daniel Paquette, conseiller en affaires internationales, Direction des marchés de l’Amérique du Nord au ministère de l’Économie et de l’Innovation. Selon lui, il ne faut pas sous-estimer la production manufacturière asiatique. Même si les prix industriels y sont à la hausse, il est possible qu’il soit encore avantageux d’y sous-traiter une partie de sa fabrication. Il y a déjà quelques années que les usines chinoises ont amorcé le virage vers l’industrie 4.0 et mis le cap sur l’innovation et la qualité.

 

La crise de la COVID-19 ne va pas marquer la fin de la mondialisation comme certains l’ont évoquée, croit Richard Blanchet, pdg de Sous-traitance industrielle Québec (STIQ). «Pour une production spécialisée, il y a des avantages à faire affaire avec un fournisseur qui est dans sa cour. Mais pour les biens de consommation, le prix sera toujours un facteur critique», soutient-il.

 

Il n’en reste pas moins que la crise a fait ressortir le besoin de sécuriser la chaîne d’approvisionnement. Si des mesures sont à prendre à court terme pour éviter les ruptures de stock, il existe des solutions à plus long terme qui permettront de rebâtir un solide réseau de fournisseurs afin de diminuer les risques de perturbations. «La période actuelle fournit l’occasion de se questionner sur toutes les activités liées aux approvisionnements, affirme Daniel Paquette. Il peut y avoir des gains à faire sur différents aspects que ce soit les achats, la fiscalité ou les risques de change.»

 

Voici des stratégies pour rendre votre chaîne d’approvisionnement moins vulnérable aux secousses

 

1.Cartographiez votre chaîne d’approvisionnement
C’est le temps d’identifier les forces et les faiblesses de votre réseau de sous-traitants, un exercice souvent négligé quand on est accaparé par les opérations, mais essentiel pour une meilleure gestion de risque. Qui sont vos fournisseurs de premier niveau, ceux qui vous apportent les pièces ou équipements de base sans lesquels vous ne pouvez pas opérer? Sont-ils tous situés dans la même région à l’étranger? Si oui, une lumière rouge devrait s’allumer. Que survienne une crise, une catastrophe naturelle ou autre événement sur le territoire concerné et vous pourriez vous retrouver à court de matériel parce que les activités de vos fournisseurs sont paralysées.

 

2.Diversifiez votre réseau de fournisseurs
S’appuyer sur un seul fournisseur stratégique met une entreprise à risque. «Il vaut toujours mieux diversifier ses sources d’approvisionnement, affirme Richard Blanchet. L’entreprise devrait avoir au moins deux fournisseurs pour le même produit, idéalement pas sur le même continent, avec une répartition du volume de commandes différent, de 70% et 30%, par exemple, de façon à maintenir un lien d’affaires solide avec chacun.» En cas de perturbations chez l’un d’eux, l’entreprise n’a pas à remuer mer et monde pour éviter les ruptures de stock.

 

Il ne faut pas hésiter à explorer du côté des fournisseurs de ses compétiteurs. «Les grands fabricants sont moins frileux à cet égard, soutient Daniel Paquette. Dans des secteurs où le cycle de production est long, comme l’aéronautique, ils exigent moins l’exclusivité. Ils préfèrent que leurs fournisseurs maintiennent un bon volume d’affaires pour qu’ils soient là quand ils en auront besoin.»

 

Cela dit, il n’est pas toujours nécessaire d’aller loin pour trouver un nouveau fournisseur. «Les entreprises méconnaissent le réseau de
sous-traitants d’ici, déplore Daniel Paquette. Il y a un savoir-faire au Québec et au Canada qui mérite d’être exploré. Des organismes comme STIQ ou des associations sectorielles peuvent faciliter la recherche de nouveaux sous-traitants.»

 

3.Procédez à une acquisition
Des entreprises se retrouvent dans une situation financière précaire en raison de la chute des ventes provoquée par la crise de la COVID-19. «Il y aura des occasions d’affaires à saisir, soutient Daniel Paquette. Des fournisseurs peuvent devenir des cibles intéressantes pour les manufacturiers qui visent une plus grande intégration verticale. Il faut regarder au Québec, mais aussi aux États-Unis. Même si le taux de change n’est pas en notre faveur, il est possible d’y réaliser de bonnes transactions.»

 

La pandémie a mis à l’épreuve la capacité de réagir des entrepreneurs et de bien se positionner dans leur industrie.. C’est un atout dans une conjoncture favorable, ça l’est d’autant plus dans le cas d’une crise qui vient bouleverser tous les marchés. Se doter d’une chaîne d’approvisionnement résiliente permettra de passer à travers une éventuelle deuxième vague de contamination et une reprise qui ne se fera pas sans chaos.

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Isabelle Fontaine

Directrice principale, Médias et Affaires gouvernementales, Montréal

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