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Le 18 décembre 2017

Avez-vous un plan B pour pallier les risques liés à la renégociation de l’ALENA?

Sujet brûlant d’actualité, les négociations entourant l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) ont fait l’objet d’un atelier de travail au Forum des dirigeants d’entreprises internationales au Québec, en novembre dernier.

 

Carte de l'Amérique du nord en arrière-plan et le mot ALENA

 

La table avait été mise par Raymond Bachand, négociateur en chef du gouvernement du Québec, qui a fait le point sur la situation avant l’atelier. « Les filiales de sociétés internationales établies au Québec partagent divers enjeux. Pour celles qui ont des liens d’affaires avec les États-Unis, l’un de ces enjeux est fort probablement l’incertitude entourant l’ALENA », a-t-il a souligné.

 

Plusieurs filiales estiment en effet que la période de flottement actuelle pourrait freiner ou détourner les investissements provenant de leur société mère. Dans ce contexte, de nombreux dirigeants, comme Juan Carlos Sanchez, vice-président et directeur général de la division Fils électriques Amérique du nord de Nexans, soutiennent que le maintien du statu quo est risqué. « Nous devons être proactifs, affirme-t-il. C’est la meilleure façon de parer à l’incertitude et de rassurer notre société mère. On espère le mieux, mais on doit être prêts pour le pire. »

 

Évaluer les conséquences

À l’usine montréalaise de Nexans, on a poussé la préparation plus loin. « Nous exportons une grande partie du fil-machine de cuivre que nous produisons vers les États-Unis, explique M. Sanchez. Pour nous, les risques que représentent les modifications éventuelles à l’ALENA sont très élevés. »

 

Dès la fin de l’été 2016, M. Sanchez et son équipe ont analysé les politiques démocrates et républicaines touchant l’ALENA. Puis, lorsque le gouvernement républicain est entré au pouvoir, la société mère a donné à M. Sanchez le mandat d’évaluer les risques avec plus de précision, pour toutes les entreprises de Nexans en Amérique du Nord.

 

Même stratégie chez Novas Bus et Prevost, deux filiales du groupe suédois Volvo : « Nous sommes encore plus actifs depuis la quatrième ronde de négociations, au cours de laquelle les États-Unis ont proposé des règles de contenu américain assez contraignantes pour notre secteur d’activité, explique Emmanuelle Toussaint, vice-présidente, Affaires juridiques, réglementaires et publiques. Nous avons notamment formé un comité qui a établi un plan de contingence et déterminé une quinzaine d’actions à mettre en place. »

 

Prêts à agir

Après avoir analysé les risques en profondeur, l’équipe de Nexans a elle aussi élaboré un plan, formé de cinq scénarios, qui vont du meilleur, celui où l’ALENA est reconduit dans sa forme actuelle, jusqu’au pire, celui où on reviendrait aux tarifs douaniers de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

 

Pour l’usine Nexans de Montréal, le retour aux taux de l’OMC signifierait la fin des exportations aux États-Unis. Il faudrait alors remplacer cet important partenaire. « Si, comme nous le supposons, le Canada impose le même taux aux entreprises américaines, ces dernières ne pourraient plus vendre ici, fait remarquer M. Sanchez. Nous pourrions donc récupérer la portion du marché canadien qu’elles détiennent. Nous traverserions tout de même une période d’importantes compressions : c’est notre scénario le plus pessimiste. »

 

Entre ces extrêmes, Nexans a prévu des scénarios intermédiaires, dont un qui lui permettrait de transformer la matière première de clients américains. La filiale ne serait alors pas assujettie à la taxe sur les produits. « Chacun de nos scénarios comporte des actions concrètes, que nous sommes prêts à mettre en place », précise M. Sanchez.

 

Se diversifier

S’il n’est plus possible d’exporter aux États-Unis, pourquoi ne pas tirer profit du nouvel Accord économique et commercial global?? C’est ce que M. Sanchez a décidé de faire, en devenant un fournisseur d’usines européennes du groupe Nexans. « Nous travaillons déjà avec une usine-sœur française pour homologuer nos produits, précise-t-il. Nous préparons également des essais avec des usines du Qatar et de la Norvège. » En plus de diversifier ses marchés, la filiale montréalaise étendra sa gamme de produits. Des investissements majeurs seront en effet effectués dès l’an prochain pour lancer un nouveau produit qui sera exporté en Europe et en Australie.

 

L’équipe de M. Sanchez est donc en voie de transformer un risque en occasion d’affaires. « Confortablement installés dans le marché américain avec l’ALENA, nous ne pensions pas à nous diversifier, fait-il remarquer. L’incertitude nous a incités à regarder à l’extérieur de notre zone de confort. Peu importe ce qui arrivera avec l’ALENA, nous irons de l’avant avec nos projets. Si le pire scénario se concrétise, nous serons prêts et, si le meilleur se réalise, nos projets nous permettront de croître. »

 

 

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Contactez votre expert

Marie-Ève Savard

Conseillère aux relations gouvernementales et aux affaires publiques, Montréal

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